Les temps forts de la semaine dernière
- Après plus d’une semaine de frappes américaines et israéliennes, les représailles iraniennes ont touché toute la région, paralysant les voies maritimes et le trafic aérien.
- Les marchés de l’énergie ont violemment réagi au blocage de facto du détroit d’Ormuz, l’envolée des cours du pétrole et du gaz déstabilisant à son tour les marchés.
- Aux États-Unis, le rapport sur l’emploi de février a été décevant : l’économie a perdu 92 000 emplois non agricoles et le taux de chômage a grimpé à 4,4 %, sur fond de grève dans le secteur hospitalier et de tempêtes hivernales.
- Le PMI composite mondial est passé de 52,6 à 53,3 en février, atteignant son plus haut niveau depuis mai 2024.
- En Chine, le message principal des « deux sessions » était clair : les autorités tolèreront un ralentissement de la croissance afin de contenir les déséquilibres macroéconomiques, l’innovation technologique restant une priorité stratégique.
Et ensuite ?
- La guerre au Moyen-Orient restera au centre de l’attention, la dynamique des prix de l’énergie influant sur les perspectives d’inflation, de croissance et de politique monétaire.
- Avant la réunion de la Fed du 18 mars, nous surveillerons l’inflation des prix à la consommation aux États-Unis, les commandes de biens durables et l’indice de confiance préliminaire de l’université du Michigan.
- En Europe, les yeux seront tournés vers les commandes industrielles, la production industrielle et la balance commerciale allemandes de janvier.
- Sur le front des entreprises, les marchés suivront les résultats très attendus d’Oracle, Rheinmetall et Aramco.
Nos convictions
Scénario de base
- Rester constructif, mais prudent : nous maintenons notre surpondération des actions tout en surveillant de près la situation au Moyen-Orient. L’histoire nous enseigne que les replis géopolitiques sont de courte durée, à moins qu’ils ne se transforment en chocs macroéconomiques durables.
- Contexte macroéconomique favorable avant le début de la guerre en Iran. Les conditions macroéconomiques restent favorables, mais ne constituent plus le principal moteur du marché. La croissance américaine repose toujours sur la demande intérieure privée, les investissements – notamment dans le domaine de l’IA – jouant un rôle plus important que la consommation.
- Ambiguïté de la politique monétaire. L’assouplissement de la Réserve fédérale dépend désormais de l’évolution des prix de l’énergie. À ce stade, la BCE reste « bien positionnée » et dispose de marges de manœuvre pour agir. Enfin, la Banque du Japon et la Banque centrale d’Australie sont toujours dans un cycle de resserrement monétaire.
Risques
- Fragmentation géopolitique. La rivalité sino-américaine reste vive, tandis que la réorganisation de l'offre d’énergie et des flux commerciaux internationaux se poursuit.
- Volonté des États-Unis de démontrer leur puissance militaire. Après avoir destitué Maduro au Venezuela, l’administration américaine a lancé contre l’Iran une offensive conjointe avec Israël. Pour la croissance mondiale, tout dépendra de la durée du conflit et de son impact sur la production et le transport de gaz et de pétrole via le détroit d’Ormuz.
- Dilemme de la Fed. Les divisions au sein du FOMC pourraient freiner l’assouplissement monétaire, synonyme de pause dans la fourniture de liquidités. De fait, les hausses de prix liées aux droits de douane, conjuguées à l’envolée des cours de l’énergie, risquent d’attiser l’inflation dans les prochains mois.
- Crédibilité budgétaire. La hausse des volumes d’émission et les tensions politiques pourraient inquiéter les marchés obligataires et accroître la volatilité des rendements.
Strategie cross asset et positionnement du portefeuille
- Nous conservons une opinion positive sur les actions mondiales à moyen terme, mais restons vigilants à court terme :
- Notre surpondération globale s’appuie toujours sur de bonnes perspectives pour les marchés développés.
- Allocation régionale :
- États-Unis : légère surpondération. Leadership dans la technologie et l’IA.
- Japon : légère surpondération. Soutien des réformes, de la faiblesse du yen et des dépenses budgétaires post-élection.
- Europe : légère surpondération. Résistance aux nouveaux droits de douane et soutien du budget expansionniste de l’Allemagne, qui est progressivement mis en œuvre.
- Marchés émergents : dégradation à neutre. La région a été l’une des plus performantes depuis le début de l’année, mais s’avère dans le contexte actuel la plus vulnérable à la hausse des cours pétroliers et à l’appréciation du dollar.
- Allocation factorielle et sectorielle :
- Nous restons optimistes à l’égard de la technologie et de la santé. Au sein du secteur des logiciels, les modèles économiques sont très divers, certains étant plus durement touchés par les progrès de l’intelligence artificielle. L’ensemble du secteur a néanmoins subi une forte correction, ce qui offre des opportunités.
- Nous restons exposés à l’industrie européenne et aux petites et moyennes capitalisations allemandes et américaines, qui bénéficient de budgets expansionnistes, de coûts de financement en baisse et de perspectives de déréglementation.
- Emprunts d’État :
- Nous conservons une position longue en duration européenne « core », mais avons récemment réduit l’exposition à la duration globale. Une flambée des cours du pétrole suivie d’un plateau à un niveau élevé se répercuterait sur l’inflation et les anticipations de taux de la BCE.
- Nous restons neutres sur les bons du Trésor américain, le prochain remaniement de la Fed ajoutant à la complexité.
- Crédit :
- Nous préférons le crédit européen investment grade à son homologue américain et au segment du haut rendement.
- Nous surpondérons la dette émergente en raison de rendements attractifs, d’une meilleure visibilité en matière de commerce et de taux réels élevés.
- Actifs alternatifs :
- Soutenu par les achats massifs des banques centrales et l’intérêt des investisseurs, l’or – qui traverse des turbulences – reste une conviction clé en tant que couverture contre le risque géopolitique et la volatilité des taux réels.
- Nous conservons nos allocations aux stratégies alternatives pour assurer la stabilité et la diversification du portefeuille.
- Devises :
- Le régime actuel des marchés favorise les devises liées aux matières premières – notamment les métaux précieux et le pétrole. Nous maintenons donc nos positions longues sur le dollar australien, la couronne norvégienne et le réal brésilien.
- Le dollar reste sous-pondéré, mais cette sous-pondération a été considérablement réduite en raison du contexte géopolitique.
- Nous avons également une position longue sur le yen et détenons certaines devises de pays émergents qui affichent des fondamentaux solides.
Notre positionnement
Les frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ont débuté samedi 28 février, avant que les représailles iraniennes s’étendent à toute la région. En l’absence d’objectifs clairement énoncés de la part des États-Unis, ces événements suscitent de nombreuses hypothèses et incertitudes pour la région dans les mois à venir, mais aussi des risques non négligeables pour les investisseurs. À court terme, l’envolée des cours du pétrole a provoqué une hausse de la volatilité, un plongeon des actifs risqués et une hausse des taux sur fond de craintes inflationnistes. Le rapport décevant sur l’emploi américain complique encore la donne. Nous avons une position constructive sur les actions mondiales à moyen terme, mais restons vigilants à court terme. Notre position globale reste surpondérée, grâce à un point de vue positif sur les marchés développés. Nous rétrogradons les marchés émergents à neutre : la région a été l'une des plus performantes depuis le début de l'année, mais dans le nouvel environnement géopolitique, elle est également la plus vulnérable à la hausse des prix du pétrole et à l'appréciation du dollar. Nos thèmes clés incluent les goulets d’étranglement liés à l’électrification (services aux collectivités, infrastructures et certains métaux), ainsi que la santé et les biotechnologies pour leur croissance idiosyncratique. Au sein de la poche obligataire, la duration joue un rôle défensif dans un contexte de divergence des politiques monétaires, tandis que les crédits européens et la dette émergente offrent un portage attractif. Nous anticipons un affaiblissement du dollar et restons optimistes sur les métaux.