Les temps forts de la semaine dernière
- La Cour suprême des États-Unis a statué : le président a outrepassé son autorité en utilisant la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA) pour imposer des droits de douane prohibitifs.
- En Europe, les PMI manufacturiers se sont nettement redressés grâce à l’effort budgétaire allemand dans la défense et les infrastructures.
- Aux États-Unis, les dépenses de consommation personnelles (PCE) et les chiffres du PIB suggèrent des pressions inflationnistes limitées hors droits de douane tandis que l’économie américaine reste solide, malgré l’impact très négatif du shutdown au quatrième trimestre.
- Ce contexte pourrait inciter la Fed à abaisser ses taux par deux fois cette année, mais le dernier compte rendu du FOMC suggère qu’il sera difficile d’aller plus loin, quels que soient les efforts du prochain président.
Et ensuite ?
- Lors de son discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Congrès, Donald Trump évoquera des enjeux internationaux et domestiques, notamment le pouvoir d’achat en cette année d’élections de mi-mandat.
- Les marchés scruteront la réponse de l’administration américaine à la décision de la Cour suprême sur les droits de douane.
- Au cours de la dernière semaine de février, nous prendrons connaissance des indicateurs suivants : confiance des consommateurs et IPP aux États-Unis, enquête IFO en Allemagne et IPC préliminaires dans plusieurs pays européens.
- L’inflation sera également au centre de l’attention dans la région Asie-Pacifique, avec la publication des IPC au Japon et en Australie.
- La saison des résultats se poursuivra avec Nvidia, Salesforce, Home Depot aux États-Unis et HSBC, Allianz, Deutsche Telekom, Schneider Electric, Iberdrola et Rolls-Royce en Europe.
Nos convictions
Scénario de base
- Contexte macroéconomique favorable. Les conditions macroéconomiques restent favorables, mais ne constituent plus le principal moteur du marché. La croissance américaine repose toujours sur la demande intérieure privée, les investissements – notamment dans le domaine de l’IA – jouant un rôle plus important que la consommation.
- Petits pas de la Fed. La Réserve fédérale revient à une approche d’assouplissement conditionnel. Cela se traduit par une divergence des politiques, alors que la BCE est « bien positionnée » et que la Banque du Japon est passée en mode restrictif – une normalisation plus qu’une menace.
- Désynchronisation des marchés. Les régions, secteurs et devises ne sont plus en phase. Les indices équipondérés divergent par rapport aux indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière. Le segment du matériel informatique surperforme celui des logiciels. Par ailleurs, le segment asiatique des semi-conducteurs se comporte différemment de celui des plateformes américaines. Enfin, les devises émergentes se renforcent alors même que les taux américains restent élevés.
Risques
- Remaniement de la Fed. Les divisions au sein du FOMC pourraient freiner l’assouplissement monétaire, synonyme de pause dans la fourniture de liquidités. De fait, les hausses de prix liées aux droits de douane, conjuguées au retournement des tendances baissières caractérisant les données « post-shutdown », risquent d’attiser l’inflation dans les prochains mois.
- Crédibilité budgétaire. La hausse des volumes d’émission et les tensions politiques pourraient inquiéter les marchés obligataires et accroître la volatilité des rendements.
- Fragmentation géopolitique. La rivalité sino-américaine reste vive, tandis que la réorganisation de l'offre d’énergie et des flux commerciaux internationaux se poursuit. L’intervention américaine au Venezuela a démontré les capacités militaires des États-Unis et leur volonté de défendre leurs intérêts, tandis que les tensions avec l’Iran persistent.
Strategie cross asset et positionnement du portefeuille
- Nous conservons une opinion positive sur les actions mondiales à moyen terme :
- Notre surpondération globale s’appuie toujours sur de bonnes perspectives dans toutes les régions.
- Allocation régionale :
- États-Unis : légère surpondération. Leadership dans la technologie et l’IA.
- Japon : légère surpondération. Soutien des réformes et des dépenses budgétaires post-élection.
- Europe : légère surpondération. Résistance aux nouveaux droits de douane et à l’incertitude géopolitique, alors que le budget expansionniste de l’Allemagne est désormais mis en œuvre.
- Marchés émergents : légère surpondération. Exposition bon marché à l’IA, faiblesse du dollar. Élections prochaines et soutien des matières premières en Amérique latine. Trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine, et détente confirmée entre les États-Unis et l’Inde.
- Allocation factorielle et sectorielle :
- Nous restons optimistes à l’égard de la technologie et de la santé.
- Nous restons exposés à l’industrie européenne et aux petites et moyennes capitalisations allemandes et américaines, qui bénéficient de budgets expansionnistes, de coûts de financement en baisse et de perspectives de déréglementation.
- Emprunts d’État :
- Nous sommes optimistes sur la duration européenne « core », la politique stable de la BCE et les faibles anticipations d’inflation étant susceptibles d’ancrer les rendements.
- Nous restons neutres sur les bons du Trésor américain, le prochain remaniement de la Fed ajoutant à la complexité.
- Crédit :
- Nous préférons le crédit européen investment grade à son homologue américain et au segment du haut rendement.
- Nous surpondérons la dette émergente en raison de rendements attractifs, d'une meilleure visibilité en matière de commerce et de la politique accommodante de la Fed.
- Actifs alternatifs :
- Soutenu par les achats massifs des banques centrales et l’intérêt des investisseurs, l’or – qui traverse des turbulences – reste une conviction clé en tant que couverture contre les risques géopolitiques, la volatilité des taux réels et la faiblesse du dollar. Nous sommes plus prudents vis-à-vis de l’argent.
- Nous conservons nos allocations aux stratégies alternatives pour assurer la stabilité et la diversification du portefeuille.
- Devises :
- Les anticipations de recul du dollar affectent les devises liées à la demande structurelle de matières premières et de biens d’équipement. En particulier, la préférence pour une position « longue sur les métaux de base, short sur le pétrole » se traduit par une vue positive sur le dollar australien et négative sur le dollar canadien. Nous avons également une position longue sur le yen.
- Nous détenons certaines devises de pays émergents affichant des fondamentaux solides.
Notre positionnement
Les risques géopolitiques – notamment au Moyen-Orient – et les craintes persistantes liées à l’intelligence artificielle ont pesé sur la confiance. Les marchés mondiaux ont affiché des résultats mitigés sur fond de tensions autour des négociations avec l’Iran, mais ont bénéficié du soutien de la Cour suprême des États-Unis. Ce contexte a dopé les cours du pétrole et soutenu le secteur de l’énergie. Les indices européens ont attiré les capitaux dans un mouvement de diversification croissante hors des valeurs technologiques américaines. Le compte rendu du FOMC s’est révélé plus ferme qu’anticipé, suggérant un statu quo à court terme même si certains membres plaident pour des ajustements à la baisse des taux directeurs. En Europe, l’activité industrielle a bénéficié du programme de dépenses allemand en matière de défense et d’infrastructures, ce qui s’est reflété dans les PMI provisoires de février. Nous continuons néanmoins à surpondérer les actions, en renforçant les marchés émergents au sein de notre allocation régionale équilibrée. Nos positions ciblent l’Europe pour le rendement et la reprise, le Japon pour les réformes, et les marchés émergents pour l’accès à l’IA, aux semi-conducteurs et aux matières premières. Nos thèmes clés incluent les goulets d’étranglement liés à l’électrification (services aux collectivités, infrastructures et certains métaux), ainsi que la santé et les biotechnologies pour leur croissance idiosyncratique. Au sein de la poche obligataire, la duration joue un rôle défensif dans un contexte de divergence des politiques monétaires, tandis que les crédits européens et la dette émergente offrent un portage attractif. Nous anticipons un affaiblissement du dollar, restons optimistes sur les métaux et conservons une position prudente sur le pétrole.