Les temps forts de la semaine dernière
- La désescalade au Moyen-Orient a remis les fondamentaux au centre du jeu, alors que la saison des résultats du premier trimestre s’annonce bien grâce à des prévisions de bénéfices revues à la hausse, notamment dans la technologie et les secteurs liés aux matières premières. Toutefois, aucune résolution du conflit ne se profile et le détroit d’Ormuz reste un élément clé pour la suite.
- Une divergence est apparue entre la zone euro et les États-Unis : la première a publié des PMI décevants, tandis que les seconds enregistrent des résultats meilleurs qu’attendu tant dans les services que dans le secteur manufacturier, signalant une croissance toujours soutenue.
- En Europe, le pessimisme transparaît dans le dernier rapport de l’IFO, dont les indicateurs atteignent un plancher inédit depuis 2020. En revanche, la confiance (indice de l’université du Michigan) s’améliore – au-delà des attentes – aux États-Unis.
- Selon les PMI de la zone euro, les prix des intrants ont augmenté à leur rythme le plus rapide depuis décembre 2022, confirmant l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur l’économie.
- L’audition de Kevin Warsh a confirmé les hypothèses. Il privilégie un bilan restreint et reste favorable à l’indépendance de la Fed. Son point de vue sur la communication de la Fed a toutefois surpris, car il semble pencher pour une simplification des communiqués et une Fed parlant d’une seule voix.
Et ensuite ?
- La semaine à venir sera cruciale, avec la conjonction de nombreux événements. Bien entendu, l’évolution de la guerre en Iran et tout signe de progrès sur ce front resteront au centre de l’attention.
- L’actualité des banques centrales sera également chargée. La Fed concentrera tous les regards : la décision du FOMC, mercredi, indiquera si elle estime que la persistance de l’inflation et la résilience de l’activité empêchent toujours d’envisager des baisses de taux. La Banque du Japon, la BCE et la Banque du Canada annonceront également leurs décisions de politique monétaire.
- Croissance et inflation aux États-Unis : nous surveillerons jeudi le PIB du premier trimestre et les revenus et dépenses des ménages, ainsi que l’inflation PCE « core » de mars, qui indiqueront aux marchés si les États-Unis se dirigent vers un atterrissage en douceur ou sont davantage affectés par la hausse des prix de l’énergie.
- Les résultats des méga-capitalisations – notamment Microsoft, Meta, Apple et Amazon – influenceront le sentiment ; pour les marchés, les enjeux principaux sont la monétisation du cloud et de l’IA, la discipline en matière de dépenses d’investissement, la résilience de la publicité et la cohérence entre prévisions et niveaux de valorisation.
Nos convictions
Scénario de base
- Neutralité tactique : alors qu’un cessez-le-feu – récemment prolongé – a permis d’entamer des négociations, les marchés sont quelque peu soulagés. Dans ce contexte, nous conservons tactiquement un positionnement neutre sur les actions.
- Suivi attentif de la situation au Moyen-Orient. Nous sommes prêts à revenir vers les actifs risqués en cas de réouverture du détroit d’Ormuz, de stabilisation des cours du pétrole autour de 80-85 dollars le baril et d’atténuation des pressions sur les taux d’intérêt. L’histoire nous enseigne que les replis géopolitiques sont de courte durée, à moins qu’ils ne se transforment en chocs macroéconomiques durables.
- Contexte macroéconomique favorable avant le début de la guerre en Iran. Les conditions macroéconomiques sont restées favorables jusqu’à début mars, mais ne constituent plus le principal moteur du marché. La croissance américaine repose toujours sur la demande intérieure privée, les investissements – notamment dans le domaine de l’IA – jouant un rôle plus important que la consommation.
- Retour aux fondamentaux. Les marchés se concentrent à nouveau sur la croissance des bénéfices, la saison des résultats du premier trimestre s’annonçant bien grâce à des prévisions revues à la hausse, notamment dans les secteurs de la technologie, de l’énergie et des matières premières.
- Ambiguïté de la politique monétaire. Tout assouplissement de la Réserve fédérale dépendra désormais de l’évolution des prix de l’énergie. La Fed pourrait cependant ignorer le choc pétrolier. Contrainte de gérer les anticipations d’inflation, la BCE n’est plus « bien positionnée ». Elle pourrait privilégier la prudence en procédant à une première hausse de taux de 25 points de base dans les mois à venir. La réunion de la BCE de cette semaine permettra d’en savoir plus. De leur côté, la Banque du Japon et la Banque centrale d’Australie sont toujours dans un cycle de resserrement monétaire.
Risques
- Guerre en Iran. La durée de la guerre et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, la contagion du conflit à d’autres pays et – au-delà des hydrocarbures – aux prix des matières premières agricoles, ainsi que les dommages causés aux infrastructures énergétiques de la région, constituent les principaux risques pesant sur la dynamique croissance/inflation.
- Fragmentation géopolitique. La rivalité sino-américaine reste vive, tandis que la réorganisation de l'offre d’énergie et des flux commerciaux internationaux se poursuit.
- Dilemme de la Fed. Le choc pétrolier et les divisions au sein du FOMC pourraient freiner l’assouplissement monétaire, synonyme de pause inopportune dans la fourniture de liquidités. De fait, les hausses de prix liées aux droits de douane, conjuguées à l’envolée des cours de l’énergie, risquent d’attiser l’inflation dans les prochains mois.
- Crédibilité budgétaire. La hausse des volumes d’émission et les tensions politiques pourraient inquiéter les marchés obligataires et accroître la volatilité des rendements.
Strategie cross asset et positionnement du portefeuille
- Nous maintenons une position tactiquement neutre sur les actions tant que le cessez-le-feu est respecté et que les négociations se poursuivent.
- Notre positionnement global est neutre
- Allocation régionale :
- États-Unis : neutre. Les États-Unis restent relativement protégés grâce à leur production locale d’énergie et à une demande privée toujours solide. Les valorisations attrayantes de la technologie soutiennent le marché boursier.
- Japon : neutre. Dépendance structurelle vis-à-vis des importations d’énergie, mais fondamentaux solides et politique budgétaire favorable.
- Europe : neutre. Exposition directe à la dynamique des marchés du pétrole et du GNL au Moyen-Orient ; vulnérabilité à un rebond de l’inflation globale. En revanche, les dépenses budgétaires montent en puissance.
- Marchés émergents : neutre. La région a été l’une des plus performantes depuis le début de l’année jusqu’à début mars, mais s’avère dans le contexte actuel la plus vulnérable à la hausse des cours pétroliers et à l’appréciation du dollar. Si un accord de paix était conclu, ce sentiment pourrait rapidement s’inverser.
- Allocation factorielle et sectorielle :
- Nous restons optimistes à l’égard de la technologie et de la santé. Au sein du segment des logiciels, les modèles économiques sont très divers, certains étant plus durement touchés par les progrès de l’intelligence artificielle.
- Nous restons exposés aux moyennes capitalisations de l’UE et des États-Unis, protégées par des budgets expansionnistes et des perspectives de déréglementation.
- Emprunts d’État :
- Nous sommes neutres sur la duration du noyau dur européen. La flambée des cours du pétrole, suivie d’un plateau à un niveau élevé, se répercute déjà sur les anticipations de taux de la BCE. Nous sommes à la recherche d’un point d’entrée intéressant.
- Nous restons neutres sur les bons du Trésor américain, le prochain remaniement de la Fed ajoutant à la complexité.
- Crédit :
- L’élargissement des spreads du segment investment grade européen (IG) a été bien trop limité pour offrir des opportunités en termes de valorisation, alors que les incertitudes macroéconomiques restent élevées. Les fondamentaux demeurent solides, mais leur sensibilité à la hausse des taux justifie un positionnement neutre. L’augmentation de la dispersion nous incite à ne pas surpondérer le segment, mais à privilégier une approche sélective.
- Nous sommes neutres vis-à-vis des titres investment grade, tant aux États-Unis qu’en Europe. Les indicateurs techniques dans le haut rendement se détériorent sur fond de sorties de capitaux et d’offre en hausse. Nous restons neutres sur les émetteurs européens et négatifs sur leurs homologues américains.
- Nous sommes neutres sur la dette émergente. Les marchés émergents sont confrontés à un contexte difficile marqué par une hausse des rendements et une volatilité croissante, mais le dollar plafonne et les rendements réels sont attractifs. Cette situation justifie une position neutre sur la dette en devise locale et les obligations d’entreprise.
- Actifs alternatifs :
- Nous restons optimistes sur l’or à long terme. À court terme, le marché est devenu plus volatil.
- Nous détenons des positions dans des métaux précieux et stratégiques, des actifs alternatifs et des stratégies « market-neutral », à des fins de stabilité et de diversification du portefeuille.
- Devises :
- Le régime actuel des marchés favorise les devises liées aux matières premières – notamment les métaux précieux et le pétrole. Nous maintenons donc nos positions longues sur le dollar australien, la couronne norvégienne et le réal brésilien.
- L’amélioration potentielle des relations entre la Hongrie et l’UE pourrait déboucher sur des politiques plus stables et une réduction significative des risques pour les investisseurs étrangers, ce qui nous a incités à prendre une position longue sur le forint hongrois.
- Le dollar reste sous-pondéré, mais cette sous-pondération a été considérablement réduite en raison du contexte géopolitique.
- Nous avons également une position longue sur le yen.
Notre positionnement
Les marchés mondiaux ont affiché des résultats mitigés cette semaine. Les actions ont perdu de leur élan à mesure que le rebond technique s’est essoufflé, mais les résultats des entreprises continuent d’apporter un certain soutien. Les investisseurs se sont toutefois montrés plus prudents, les tensions au Moyen-Orient restant non résolues et les cours du pétrole demeurant élevés, ce qui limite le potentiel de hausse des actifs risqués. Sur le front des indicateurs, le contraste entre les deux rives de l’Atlantique est frappant. Aux Etats-Unis, les PMI préliminaires se sont améliorés, suggérant que l’économie continue d’absorber le choc énergétique, mais la forte hausse des prix à la production suggère un regain de pressions inflationnistes. En zone euro, en revanche, les PMI préliminaires sont retombés en territoire de contraction, ce qui reflète une croissance plus fragile. A noter que les prix des intrants ont également fortement augmenté dans les PMI européens, ce qui complique la tâche de la BCE.
Nous conservons une position tactiquement neutre sur les actions. La trêve en cours constitue un premier pas encourageant, qui ramène le calme sur les marchés et ouvre la voie aux initiatives diplomatiques. Nous restons prêts à agir rapidement dans l’un ou l’autre scénario : une confirmation de la détente ou une reprise du conflit. Tout en donnant une chance à la paix, nous préférons rester neutres, car l’issue des négociations est de facto binaire. Sur les marchés obligataires, nous sommes neutres sur la duration du coeur européen et sur les obligations mondiales en général. Enfin, nous restons neutres vis-à-vis de la dette émergente, en devises fortes comme en devises locales.