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Le test des bénéfices

Après une période où les bénéfices ont permis aux actions d’absorber la hausse des taux, la hausse des rendements commence à peser sur le sentiment des investisseurs en actions. La saison des résultats du troisième trimestre permettra de savoir si les entreprises peuvent conserver la confiance du marché grâce à des résultats solides et des prévisions crédibles. Les projections de bénéfices continuent d’augmenter, une tendance encourageante qui accroit cependant la pression sur les entreprises.

 

La hausse des taux n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle

En septembre, nous avons souligné que la croissance des bénéfices avait permis aux actions d’absorber la hausse des taux longs. Depuis, le rendement des bons du Trésor à 10 ans a dépassé le seuil des 5 %[1] évoqué dans notre précédente édition, ce qui a exercé une pression supplémentaire sur les valorisations.

La raison de cette hausse a son importance. Lorsque la hausse des taux reflète la robustesse de l’économie, la progression des chiffres d’affaires et des bénéfices peut compenser l’impact négatif sur les valorisations. Or, la décision de la Fed s’est appuyée en septembre sur la bonne tenue de l’activité, des dépenses et des investissements. Nous y voyons le reflet d’une économie solide, même si la persistance de l’inflation appelle une réponse des autorités monétaires.

Un nouveau cycle de resserrement de 100 points de base ne menacerait pas forcément les perspectives des actions, à condition que la croissance et les bénéfices s’avèrent résilients. Historiquement, la volatilité causée par la première hausse des taux de la Fed a souvent cédé la place à des performances positives sur les six à douze mois suivants. Bien entendu, le contexte économique et le rythme du resserrement monétaire seront déterminants.

 

Un nouveau test pour les bénéfices

La saison des résultats qui s’annonce sera l’occasion de réévaluer l’équilibre entre taux d’intérêt et croissance des bénéfices. Le consensus prévoit une croissance des bénéfices du S&P 500 de 29,5 % au troisième trimestre, contre 26,7 % à fin juin. L’énergie, les technologies de l’information et la finance ont été les principaux moteurs des révisions à la hausse, des prix de l’énergie plus élevés et la forte demande liée à l’IA ayant soutenu les deux premiers secteurs. Par ailleurs, les onze secteurs de l’indice devraient afficher une croissance des bénéfices en glissement annuel[2].

Ces attentes constituent une base solide, mais placent la barre plus haut pour les entreprises. Au-delà des résultats trimestriels, les investisseurs suivront de près les perspectives communiquées par les dirigeants afin d’évaluer si la demande et les marges pourront continuer à soutenir la croissance des bénéfices en 2027. La confirmation d’une amélioration touchant un plus grand nombre d’acteurs renforcerait la capacité du marché à résister à la hausse des rendements.

 

Au-delà de la croissance globale

Les facteurs à l’origine de la croissance des bénéfices mériteront également une attention particulière. La hausse des prix du pétrole soutient les bénéfices de l’énergie, mais augmente les coûts dans d’autres secteurs. Les investissements dans l’IA accroissent les revenus des fournisseurs de semi-conducteurs et d’équipements, mais les entreprises qui financent ces infrastructures doivent encore démontrer comment ces dépenses se traduisent par du chiffre d’affaires et des rendements futurs. Du côté des banques, l’activité de prêt, les coûts de financement et la qualité du crédit détermineront la capacité à rester rentable.

Dans ce contexte, les disparités en termes de visibilité sur les bénéfices et de valorisation incitent à se montrer sélectif. Dans nos secteurs cibles, nous sélectionnons des sociétés dont les perspectives de résultats justifient la valorisation et qui disposent de ressources financières en adéquation avec leur plan d’investissement. Le contexte favorable des bénéfices continue de soutenir les actions, mais la sélection de titres demeure essentielle.

 

Moteurs du marché et positionnement du portefeuille

Les marchés actions régionaux entament la saison des résultats sur des bases très diverses. Les États-Unis affichent des bénéfices solides et dominent le secteur technologique, l’Europe subit des pressions accrues, sous l’effet de la hausse des rendements et d’une moindre participation des valeurs à la dynamique du marché, tandis que les marchés émergents restent solides, mais concentrés dans la technologie. Ces différences favorisent une approche sélective, axée sur la visibilité des bénéfices, les valorisations et les moteurs de croissance durable.

 

États-Unis

Les actions américaines ont bien résisté malgré la hausse des rendements à long terme, les incertitudes géopolitiques et l’envolée des prix du pétrole, le Nasdaq Composite établissant un nouveau record début octobre[3]. Les performances de septembre ont néanmoins été contrastées, les gains se concentrant sur les géants de la technologie et des services de communication, tandis que le reste du marché reculait. En outre, les grandes capitalisations de croissance ont surperformé les actions « value », tandis que les petites et moyennes capitalisations ont chuté[4].

Soutenues par des révisions à la hausse, les prévisions de bénéfices pour le troisième trimestre restent solides. Un certain optimisme étant déjà reflété dans les attentes, des projections crédibles et la capacité à atteindre les objectifs seront essentielles pour maintenir la confiance du marché.

Notre positionnement sectoriel reflète trois convictions principales :

  • La santé demeure l’un de nos secteurs préférés, notamment le segment des biotechnologies. La poursuite de l’innovation, les fusions-acquisitions et les prévisions de croissance des bénéfices confortent notre opinion positive.
  • La note des technologies de l’information a été relevée à « surpondération stratégique » fin septembre, y compris pour les segments des semi-conducteurs et équipements associés, ainsi que du matériel et des équipements technologiques. La forte dynamique bénéficiaire et la poursuite des investissements dans les infrastructures d’IA confortent notre conviction. Le lancement de Muse par Meta illustre le potentiel d’élargissement de la demande au-delà des applications d’entreprise. Si le rythme d’adoption correspond aux projections, les besoins supplémentaires en matière de calcul, de mémoire et de connectivité soutiendront l’ensemble de l’écosystème des infrastructures d’IA.
  • Les services de communication ont également été relevés à « surpondérer ». Nous considérons les grandes plateformes numériques comme des bénéficiaires potentiels de l’IA agentique grand public. Leur large base d’utilisateurs et leur système de distribution établi devraient leur permettre de transformer une adoption accrue en chiffre d’affaires additionnel, mais il convient de continuer à surveiller le rythme et la rentabilité de la monétisation.

 

Europe

Les actions européennes ont légèrement reculé depuis notre dernier comité, la hausse des rendements souverains à l’échelle mondiale ayant pesé sur le sentiment des investisseurs et les valorisations[5]. Le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole ont accentué les craintes inflationnistes, tandis que l’élargissement des spreads et les incertitudes budgétaires en France ont exercé des pressions supplémentaires.

Seul le secteur des technologies de l’information, soutenu par l’optimisme entourant les investissements dans l’IA et la demande de semi-conducteurs, a progressé sur la période. Pénalisé par la hausse des rendements obligataires, le secteur immobilier a enregistré la moins bonne performance, tandis que le secteur financier a également reculé.

Dans ce contexte, le comité a modifié le positionnement dans trois domaines :

  • Les banques et les valeurs financières ont été rétrogradées de « surpondéré » à « neutre ». Les fondamentaux des banques restent solides, mais l’intensification de l’incertitude politique et des valorisations désormais moins attrayantes justifient une approche plus équilibrée.
  • Les services de télécommunications et les services de communication sont passés de « neutre » à « sous-pondéré » en raison de la pression concurrentielle, des tensions sur les prix, de perspectives de croissance modestes et de valorisations moins attrayantes. Les agents d’IA pourraient aggraver la situation en permettant aux consommateurs de comparer les offres et de changer de fournisseur plus facilement. Notre prudence contraste avec la surpondération des États-Unis, où les plateformes numériques soutiennent le secteur.
  • Le secteur des transports a été rétrogradé de « neutre » à « sous-pondéré ». La hausse des capacités de fret et la faible visibilité de la demande accentuent les pressions sur les prix et menacent la rentabilité.

Nos autres opinions sectorielles restent inchangées. Nous continuons de privilégier la santé, les technologies de l’information, les services aux collectivités et l’industrie.

Au sein du secteur de la santé, nous continuons de cibler la pharmacie, les biotechnologies et les sciences de la vie. Dans le secteur des technologies de l’information, notre conviction reste étayée par les augmentations attendues des capacités de production de semi-conducteurs et la poursuite des investissements dans l’IA.

Notre opinion positive des services aux collectivités reflète la demande structurelle d’électrification et d’investissements dans les réseaux, ainsi que des valorisations raisonnables. Dans l’industrie, nous privilégions les sociétés de biens d’équipement exposées à la production d’électricité, à l’électrification et à la modernisation des réseaux. L’importance des carnets de commandes conforte également notre confiance dans les perspectives de l’aéronautique.

 

Marchés émergents

Malgré une consolidation en septembre, les marchés émergents affichent des performances solides depuis le début de l’année. Le leadership du marché reste extrêmement étroit, l’essentiel de la performance provenant du secteur technologique. En dehors de la technologie, l’environnement est moins favorable en raison de la hausse des prix du pétrole, de la hausse des anticipations d’inflation et de l’appréciation du dollar, sans compter un contexte macroéconomique compliqué dans de grandes économies telles que la Chine et l’Inde.

  • Les performances varient sensiblement d’un secteur à l’autre. La technologie continue de dominer et demeure la principale source de performances, tandis que les matériaux restent en queue de peloton[6]. Les secteurs liés à la consommation sont également à la peine, notamment en Chine. En revanche, les banques ont joué un rôle relativement défensif, surtout en Chine et en Inde, offrant une certaine résilience dans un contexte macroéconomique plus difficile.
  • Nous conservons une forte conviction vis-à-vis du Brésil, toujours surpondéré. Cette surpondération, initialement opposée au consensus, a bénéficié d’une réaction enthousiaste du marché au premier tour des élections – l’indice MSCI Brazil a gagné près de 15 %[7]. Les volumes de négociation élevés qui ont suivi le résultat suggèrent un renforcement de la tendance, tandis que les recommandations des courtiers pourraient apporter un soutien supplémentaire. Très attendu, le second tour reste le principal catalyseur à court terme, le marché étant susceptible d’anticiper une victoire de Bolsonaro bien avant le résultat final.
  • L’alternance au pouvoir pourrait devenir un catalyseur de poids dans la région. En effet, le Brésil s’inscrit dans une tendance de transition politique en Amérique latine. Les évolutions récentes observées dans des pays comme l’Argentine, le Pérou et la Colombie ont été suivies de réactions positives sur les marchés actions. Une dynamique similaire pourrait soutenir le Brésil, en particulier compte tenu de son statut de marché relativement ignoré durant la majeure partie des deux dernières décennies.

 

Convictions mondiales

Le tableau ci-dessous résume nos principales convictions en termes de positionnement régional, géographique et sectoriel à l’issue du dernier Comité stratégique actions.

 

[1] Source : Bloomberg, 7 octobre 2026
[2] Source : Bloomberg, 2 octobre 2026
[3] Source : Bloomberg, 2 octobre 2026
[4] Source : Bloomberg, 2 octobre 2026
[5] Source : Bloomberg, 2 octobre 2026
[6] Source : Bloomberg, 7 octobre 2026
[7] Source : Bloomberg, 2 octobre 2026

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