ESG : Trois accords pour mettre fin à la cacophonie

Pour ou contre ? Partisan ou non ? Engouement ponctuel ou réalité profonde? La caricature est à la mode et l'ESG ne fait malheureusement pas exception. De plus, les difficultés liées aux données et aux mesures, les intérêts particuliers, la politique et le marketing masquent encore davantage la réalité. Nous pensons qu'une grande partie du débat actuel sur l'ESG, la durabilité et l'investissement responsable découle d'un malentendu fondamental sur la façon dont nous faisons appel à la finance pour relever les défis environnementaux et sociétaux auxquels nous sommes confrontés : les attentes sont souvent idéalistes et axées sur le court terme, alors que la finance durable consiste simplement à atténuer les risques et à saisir les opportunités à long terme.   

L'ESG, c’est de l'information, pas un style d'investissement

L'ESG n'est pas une approche d'investissement. L'ESG n'est pas encore quantifiable comme le sont les styles d'investissement Growth, Value ou indiciel. Ce ne sera peut-être jamais le cas. L'ESG c’est avant tout de l’information. Il s'agit d'intégrer des données dans l'analyse des titres, la gestion des risques et la construction de portefeuille. Il s'agit de questions environnementales, sociales et de gouvernance qui ne sont pas prises en compte par le marché, c'est-à-dire des externalités (ou coûts réels) et même des internalités comme le tabac, qui ne sont pas reflétées dans les valorisations des actions et du crédit. Certaines de ces considérations sont par nature plus éthiques, morales ou culturelles, tandis que d'autres sont liées au développement économique à long terme et à ce qui peut s'avérer nécessaire pour que celui-ci soit durable et inclusif.

L'investissement en ESG est donc un concept d'ensemble qui n’a pas le même sens pour tout le monde. Cela peut aller d'une stratégie d'investissement qui exclut des entreprises sur la base de considérations religieuses ou culturelles (par exemple l'alcool, le tabac, etc.), jusqu'à une stratégie qui cherche explicitement à financer la transition énergétique d'une entreprise chimique ou à soutenir des projets caritatifs spécifiques comme l'éducation inclusive et le logement protégé.

Qu'est-ce que n'est pas l'ESG ? L'ESG n'est pas un avis ou une opinion.

L'ESG consiste à analyser des facteurs extra/non financiers présumés susceptibles d'influencer la valeur d'un investissement. Dans la mesure où l'ESG estime que ces facteurs ont une importance au plan financier, l'investissement durable et responsable prend en compte bon nombre de ces aspects en intégrant ou en « internalisant » ces externalités critiques. Les informations ESG sont intégrées à la valorisation des actions et du crédit, à la modélisation des risques et à la construction de portefeuille afin de 1) identifier et réduire les risques en matière de durabilité, 2) comprendre et saisir les opportunités liées à la durabilité, et de 3) évaluer et atténuer les répercussions négatives sur l'environnement et la société. Ni plus, ni moins.

A partir de cela, qui décide de la crédibilité des revendications en matière de durabilité ? Qui détermine si ces affirmations sont justes, ou trompeuses, ou même exagérées ? Au regard de quelles normes ou quel cadre de référence ces revendications sont-elle évaluées ? Prenons-nous en compte les enjeux, les nombreuses initiatives et trajectoires fondés sur des raisonnements scientifiques (concernant la transition) ? Ou nous contentons-nous d’interpréter des données parcellaires et des informations auto-évaluées fournies par les collecteurs de données ?

Pour l'heure, à la question « qui fixe les règles » nous n’avons pas de réponse satisfaisante. De grands progrès ont été réalisés récemment, notamment en Europe où la Commission européenne montre la voie. Pourtant, le régulateur n'a pas encore pleinement défini les objectifs ou critères environnementaux et doit préciser comment nous devons financer la transition énergétique et son impact social. D'autres sont fixées par des associations telles que des ONG, ou des lobbys, qui soutiennent certaines nobles causes environnementales ou sociales spécifiques, sans tenir compte du contexte général ou aux conséquences potentielles.

Très souvent, il s'agit de jugements de valeur. À cet égard, nous avons tous raison et tort à la fois. Au bout du compte, le secteur financier est responsable de l’allocation des capitaux. Nous devons reconnaître qu'il opère aujourd'hui dans une phase intermédiaire ou de transition. Et oui, le blanchiment écologique érode la confiance dans la finance durable. Cependant, fixer de manière irréaliste une barre beaucoup trop haut en matière d’investissements ne fait pas avancer la cause de la durabilité. Cela pourrait même ralentir ou inverser l'indispensable orientation des flux de capitaux vers le financement d'une économie plus durable et plus inclusive. L'enjeu consiste donc à établir des définitions suffisamment strictes de la « durabilité » et de l'« impact » des investissements, sans pour autant fixer la barre si haut que cela priverait l'objectif - la transition vers une économie durable plus inclusive - des capitaux requis. Exiger des entreprises et des investisseurs la perfection ne les incite aucunement à s’améliorer.

« Nous poursuivons sans relâche notre quête de perfection. Nous ne serons jamais parfaits mais, durant le processus, nous atteindrons la grandeur »
-- Vince Thomas Lombardi, célèbre entraîneur de football américain

Difficile à mesurer ? … et pourtant ancré dans les faits

L'impact durable réel est très difficile à capter, et encore plus difficile à prouver en raison du manque de données fiables. Même si elle s'améliore, la mesure de l’impact reste un sujet délicat. Tout cela est d'autant plus compliqué que certains des objectifs s'étalent sur des décennies à venir.

Une économie durable ? Il ne s'agit pas de savoir où nous voulons être dans 10 ou 20 ans. Il s'agit surtout de savoir comment nous allons y parvenir. À court terme, il s'agit d'un exercice d'équilibre qui exige de l'ambition et du courage, et la reconnaissance du fait que le voyage sera cahoteux et imparfait. Des choix difficiles et coûteux doivent être faits par les décideurs politiques, les régulateurs et les acteurs financiers. Mais dans tous ces défis réside l'opportunité de créer une croissance économique durable. La durabilité tient compte de la complexité de nombreux écosystèmes et de leurs parties prenantes, de la dynamique et de leurs interconnexions. C’est de cela qu’il s’agit quand on parle d’'investissement ESG, durable et/ou responsable (ou tout autre acronyme connexe). Cela repose sur les principes d'une gouvernance d'entreprise et d'une activité saines. Chacun de ces éléments est fondé sur des faits, sur des données, et sur la science, avec toutes ses imperfections.

Par conséquent, la réglementation et la société sont en pleine évolution, avec des exigences et des attentes très différentes quant au rôle que jouent les entreprises et les investisseurs. Rapide ou lente, la transition énergétique est clairement engagée, perturbant les modèles économiques avec des implications sociales claires pour les employés, les clients et le public.

Ce sont autant de risques réels. Ce n'est pas parce que nous ne pouvons pas les mesurer précisément ou systématiquement que nous pouvons les ignorer. Ils affecteront nos investissements à un moment ou un autre. C'est précisément ce que doivent faire les investisseurs responsables et durables : tenir compte des risques et des opportunités qui se présentent.

Paiement à l'usage

N'est-il pas ironique qu'il ait fallu une guerre en Ukraine pour que les gouvernements européens et la société saisissent l'urgence et la nécessité de la transition énergétique ? Les actions d'un dirigeant autoritaire ont été plus efficaces qu'une taxe carbone de 100 USD/tonne pour faire avancer l'Europe vers son Pacte Vert. Cela ne suffira pas, et le coût sera incroyablement élevé.

C'est celui qui engendre les frais qui doit les payer.

L'investissement durable et responsable, avec toutes ses nuances et couleurs de vert et de gris, consiste à intégrer intentionnellement les enjeux auxquels notre société est confrontée même si ceux-ci s'étalent sur des décennies à venir, ne sont pas encore pris en compte par les marchés ou taxés par les gouvernements. Au final, il appartient aux gouvernements et à la société de créer un environnement dans lequel les flux de capitaux sont les plus adaptés à leurs besoins et leurs enjeux.

La nature des externalités réside dans le fait que les bénéficiaires ne paient pas l'intégralité des coûts. Alors, les gouvernements font-ils leur travail ? Encadrent-ils efficacement le (mauvais) comportement environnemental et social des entreprises, investisseurs et consommateurs finaux ? Doivent-ils prendre en compte les externalités créées par les entreprises, par exemple par le biais d'une prétendue taxe carbone ? Nous doutons que la réglementation en vigueur en Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis permette au secteur financier et à toutes ses parties prenantes de résoudre cette problématique.

Telle est la mauvaise conception de l'ESG et de l'investissement durable et responsable. Les investisseurs durables et responsables vont bien souvent au-delà des résultats d'aujourd'hui et tiennent compte de l'impact à long terme de nos activités d'investissement - et du coût des externalités que quelqu'un devra payer à l'avenir. Mesurer cet impact et évaluer s'il est suffisamment durable reste une question de jugement. Il s'agit dans un certain sens de tracer la limite.

D'un point de vue éthique, les échanges sur la durabilité devraient prendre en compte toutes les parties prenantes. Toutefois, pour ce qui est de la rentabilité d'une entreprise ou d'un investissement, on pourrait faire valoir que les coûts liés à la prise en compte de certaines parties prenantes sont à si long terme, ou sont si difficiles à quantifier, qu'ils ne sont pas correctement pondérés dans nos calculs.

Les risques extrêmes sont à long terme - jusqu'au moment où ils impactent votre portefeuille

Pour toutes les notions contenues dans cette expression chargée de sens, ESG, comment pouvons-nous analyser l'écart de performance alors que l'essentiel de l'impact se produira au cours des décennies à venir ? Le risque de durabilité devient un sujet de plus en plus complexe et interconnecté. Il existe une tension entre durabilité à court terme et durabilité à long terme. Les externalités deviennent à un moment donné si coûteuses qu'elles doivent être payées par l’une - ou plusieurs - des parties prenantes. Le coût de ces externalités, qu'elles soient environnementales, sociales ou autres, et toutes les opportunités qui en découlent, devient beaucoup plus important pour l'investisseur à long terme.

Nos convictions ESG chez Candriam

L'ESG est un vaste concept. Nous devons tous fixer de façon claire et transparente nos définitions et continuer à améliorer les normes. Là encore, la recherche de perfection ne laisse aucune place à l'amélioration. Nous faisons tous partie de l'écosystème - l'écosystème de notre environnement naturel et de nos sociétés interconnectées. Cela a pris du temps, mais le débat sur le changement climatique ne porte plus sur la question de sa « réalité ». Le changement climatique est bel et bien réel, et son coût est déjà élevé. Désormais, le débat porte sur la manière dont nous gérons ce changement climatique, et qui paie.

Les actions que nous menons et les capitaux que nous déployons ne doivent pas créer de nouvelles externalités. Qu'en est-il des droits de l'homme ? L'actionnaire devrait pouvoir tirer profit de la fabrication de panneaux solaires, mais pas du fait que cette production recourt au travail des enfants. Nous souhaitons que la transition énergétique profite à tout le monde sous la forme d’une réduction de la menace climatique. Nous devons nous assurer que la transition soit équitable, et juste. Des emplois seront perdus. Des emplois seront créés. Nous pouvons concilier ces enjeux, de manière à ce que les bénéfices puissent être partagés par l’ensemble des parties prenantes.

Chez Candriam, nous avons toujours été, et demeurons fermement convaincus, du fait que les entreprises qui exploitent les opportunités et les défis financiers en les liant avec ceux liés au développement durable, sont les plus susceptibles de générer de la valeur pour les actionnaires.  Nous allons donc mener la danse !

  • Wim Van Hyfte
    Wim Van Hyfte
    Global Head of Responsible ESG Research & Investments, Member of the Executive Committee

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