Les temps forts de la semaine dernière
- Le conflit en Iran ravive l’inflation liée aux prix de l’énergie, comme le montre la hausse surprise de l’IPC de base aux États-Unis.
- Cette envolée des coûts de l’énergie inquiète les consommateurs américains, alors que le prix du diesel a franchi pour la première fois la barre des 6 dollars le gallon après l’effondrement des exportations en provenance du Moyen-Orient et de la Russie.
- Les banques centrales sont incitées à durcir leur politique monétaire et la BCE a procédé à sa deuxième hausse des taux depuis le début de la guerre en Iran.
- En France, où les prévisions de croissance pour 2026 ont été abaissées de 0,7 % à 0,5 %, le gouverneur de la banque centrale a qualifié la situation économique de « préoccupante ».
- Oracle a publié des résultats solides : le chiffre d’affaires lié aux infrastructures de cloud a plus que doublé et le carnet de commandes reflète la forte demande liée à l’intelligence artificielle.
Et ensuite ?
- La Fed sera au centre de l’attention, la probabilité d’une hausse des taux étant estimée à 90 % après le bond de l’IPC au mois d’août.
- Les autres banques centrales restent fermes : la Banque du Japon (BoJ) relèvera sans doute ses taux de 25 pb, tandis que la Banque d’Angleterre (BoE) pourrait maintenir le statu quo en attendant les prochains indicateurs de l’emploi et de l’inflation.
- Les investisseurs surveilleront également l’activité à travers les ventes de détail aux États-Unis et la consommation, la production industrielle et les investissements en Chine.
- La géopolitique restera au centre des préoccupations, les risques liés au transit dans le détroit d’Ormuz et en mer Rouge, le sommet des BRICS et le regain de tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada pesant sur les prix de l’énergie et le sentiment de risque.
Nos convictions
Scénario de base
- Légère surpondération des actions : nous restons optimistes à l’égard des actions mondiales.
- Le contexte macroéconomique devrait s’améliorer, mais reste fragile. Favorable aux États-Unis, le contexte macroéconomique pourrait encore s’améliorer dans le reste du monde en cas de reflux des prix de l’énergie. La croissance américaine repose toujours sur la demande intérieure privée, les investissements – notamment dans le domaine de l’IA – jouant un rôle très important. Toutefois, la poursuite des tensions en Iran constitue un risque pour notre scénario.
- Activisme du Trésor américain. Au-delà de la réaction immédiate des marchés, l’activisme de plus en plus visible du Trésor et le policy-mix américain suscitent des inquiétudes croissantes.
- Divergence des politiques monétaires. La Fed devrait durcir sa politique cette année, tandis que la BCE gère les anticipations d’inflation et pourrait décider de relever ses taux à plusieurs reprises. Enfin, la Banque du Japon reste dans un cycle de resserrement monétaire.
Risques
- Fragmentation géopolitique. La rivalité sino-américaine demeure vive, tandis que la réorganisation de l’offre d’énergie et des flux commerciaux internationaux se poursuit.
- Tensions persistantes en Iran. Une résolution est indispensable pour que notre scénario central reste valable. Par ailleurs, la situation en Iran reste très fragile et volatile.
- Dilemme de la Fed. Une économie résiliente et des divergences au sein du FOMC pourraient conduire à un resserrement monétaire. Kevin Warsh devra forger un nouveau consensus autour de la politique monétaire et convaincre les investisseurs du bien-fondé de son approche.
- Crédibilité budgétaire. La hausse des volumes d’émission et les tensions politiques pourraient inquiéter les marchés obligataires et accroître la volatilité des rendements.
Strategie cross asset et positionnement du portefeuille
- Nous surpondérons légèrement les actions, en privilégiant les marchés émergents et le Japon, tandis que nous restons neutres vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe.
- Allocation régionale :
- Neutre sur les États-Unis. Cette position reflète notre opinion neutre sur la technologie américaine, les segments sensibles à la technologie représentant la moitié de la capitalisation du marché américain.
- Légère surpondération du Japon. Les initiatives gouvernementales favorables et la prudence relative de la BoJ offrent un contexte propice aux actifs risqués. De plus, ses leaders mondiaux dans les domaines de la robotique, de l’automatisation et des équipements industriels devraient permettre de capitaliser sur la prochaine hausse de la productivité induite par l’IA.
- Neutre vis-à-vis de l’Europe. La région pourrait bénéficier d’une baisse des prix de l’énergie en cas de recul des tensions au Moyen-Orient, mais la composition sectorielle est moins exposée aux thèmes en vogue. Les dépenses budgétaires montent en puissance en Allemagne.
- Légère surpondération des marchés émergents. Une approche sélective s’impose, mais la forte exposition de la région au secteur technologique constitue un facteur favorable, bien que volatil. Les valorisations sont attractives, le PER à 12 mois de l’indice MSCI Emerging Markets affichant une décote significative par rapport au MSCI World.
- Allocation factorielle et sectorielle :
- Nous privilégions les thèmes qui bénéficient de cycles d’investissement à long terme.
- Nous sommes optimistes à l’égard du secteur de la santé et restons exposés à certaines valeurs industrielles et aux moyennes capitalisations de l’UE et des États-Unis, protégées par des budgets expansionnistes et des perspectives de déréglementation.
- Emprunts d’État :
- Nous avons une position longue de duration sur les obligations européennes « core ». La guerre en Iran a entraîné un ajustement lié aux perspectives d’inflation. En conséquence, les anticipations de politique monétaire se sont cristallisées autour d’une hausse des taux.
- Nous privilégions les obligations souveraines « core » notées AAA, qui bénéficient de la crédibilité budgétaire et de celle de leur banque centrale.
- Crédit :
- L’élargissement des spreads du segment investment grade européen a été bien trop limité pour offrir des opportunités en termes de valorisation, alors que les incertitudes macroéconomiques restent élevées. Les fondamentaux demeurent solides, mais leur sensibilité à la hausse des taux justifie un positionnement neutre. Pour l’heure, nous renonçons à surpondérer le segment et privilégions une approche sélective.
- Nous sommes neutres vis-à-vis des titres investment grade, tant aux États-Unis qu’en Europe. Les indicateurs techniques dans le haut rendement se détériorent sur fond de sorties de capitaux et d’offre en hausse. Au sein du segment, nous restons neutres sur l’Europe et négatifs sur les États-Unis.
- Nous sommes positifs sur la dette émergente, notamment en devise locale, car la tendance au resserrement des spreads se confirme et de nouvelles compressions sont envisageables. Par ailleurs, les devises émergentes semblent les mieux placées pour tirer parti d’un nouvel affaiblissement du dollar. Enfin, le rendement à l’échéance actuel (7 %) offre un portage attractif pour cette diversification génératrice de revenus.
Actifs alternatifs :
- Nous restons optimistes sur l’or, après un solide rebond depuis le soutien majeur des 4000 dollars l’once à la fin juillet.
- Nous détenons des positions dans des métaux précieux et stratégiques, des actifs alternatifs et des stratégies « market-neutral », à des fins de stabilité et de diversification du portefeuille.
Devises :
- Le régime de marché actuel favorise les devises liées aux matières premières. Nous maintenons donc notre position longue sur le dollar australien.
- Nous sous-pondérons légèrement le dollar et conservons une position longue sur le yen.
Notre positionnement
La bonne tenue de l’activité mondiale nous incite à conserver un positionnement positif et nous surpondérons légèrement les actions des marchés émergents et du Japon. Le contexte macroéconomique demeure favorable, ce qui devrait permettre un élargissement des performances. Sur les marchés obligataires, nous privilégions la dette émergente et la duration européenne « core » de qualité. Dans le domaine du crédit, nous préférons le segment investment grade européen au haut rendement, dont les primes de risque restent limitées. Nous ciblons en outre le yen comme devise de couverture (celui-ci restant historiquement sous-évalué par rapport au dollar) ainsi que certaines monnaies émergentes, tout en conservant les devises liées aux matières premières telles que le dollar australien. Enfin, les métaux stratégiques, l’or et les stratégies alternatives continuent d’offrir une diversification appréciable dans un contexte de contraintes d’offre, de divergence des politiques et de volatilité des taux réels.