Voir la forêt qui pousse plutôt que les arbres qui tombent

Début janvier, le toujours très attendu Global Risks Report du Forum économique mondial[1] a fait comme chaque année l’état des lieux des principaux risques perçus par 1 500 experts du monde entier. Au palmarès de cette édition :

  • les incertitudes économiques, exacerbées par l’inflation et l’explosion de l’endettement public,
  • le dérèglement climatique et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes,
  • l’augmentation de l’insécurité et la désinformation amplifiées par les nouvelles technologiques et l’IA,
  • la recrudescence des conflits armés alors que 50 % de la population mondiale vote cette année,
  • l’aggravation des inégalités et l’érosion des droits humains.

Difficile, à la lecture d’un tel rapport, de rester serein, positif et constructif. Les investisseurs n'en ont donc sans doute pas lu une ligne : les indices boursiers sont au plus haut, largement soutenus par les valeurs technologiques américaines. La volatilité est à la baisse. Les spreads de crédit se sont resserrés sans discontinuer depuis le début de l’année malgré des taux de défaut en hausse. Et les taux d’intérêt, certes affectés par l’inflation, n’ont démontré aucune inquiétude face aux dérapages budgétaires.

L’attitude des investisseurs – qui n’ignorent bien entendu rien des risques décrits dans le rapport – pose donc question. Devons-nous ignorer de tels risques ou nous en affoler ? Sans faire preuve de naïveté excessive, ne devrions-nous pas regarder le progrès en marche[2] ? Et si, au lieu de regarder les arbres tomber, nous écoutions la forêt pousser ?

Ainsi, comment ne pas être fasciné par le potentiel de l’intelligence artificielle ? La performance de quelques actions américaines illustre bien l’appétit de l’investisseur mais aussi la perspective de transformation profonde des entreprises, tous secteurs confondus – l’IT bien sûr, mais aussi les soins de santé, la finance, les médias et l’industrie. Selon IDC Worldwide, la taille du marché de l’IA pourrait doubler d’ici 2026 et, rien que pour le secteur bancaire, on estime que les dépenses devraient tripler dans les prochaines années. Dans ce contexte, on peut comprendre que la valorisation n’est pas la plus attractive. Cependant, le secteur de la technologie reste une conviction de long terme, et nous ne voyons pas à ce jour de bulle de valorisation, comme ce fut le cas à la fin des années 1990.

Face au dérèglement climatique en revanche, difficile de ne pas s’inquiéter. Chaque nouvelle année est la plus chaude jamais enregistrée, les émissions carbones ont affiché un nouveau record en 2023 et la probabilité de dépasser l’objectif des 1,5 degré fixés par l’Accord de Paris est désormais proche de 80 %. Or, selon une récente analyse du NBER, une augmentation de la température globale de 1°C degré pourrait impacter la croissance mondiale de près de 12% dans les 6 ans, des conséquences économiques six fois plus importantes que ce qui fut calculé jusqu’ici. Face à l’accentuation de ces risques et la relative fatigue des investisseurs face à l’ESG, où trouver l’espoir ? Dans quelques bonnes nouvelles sur lesquelles il faut s’attarder : nous avons atteint en 2023 un record de production d’électricité par les énergies renouvelables dans le monde – près de 30 %[3]. La croissance de l’électricité produite par l’énergie solaire est supérieure à 20 %[4]. Et selon l’IEA, les investissements dans les énergies renouvelables devraient tripler afin de respecter l’Accord de Paris. Les investissements vont donc perdurer et bénéficier de technologies désormais mûres et plus compétitives que les énergies fossiles. Dans ce contexte, la forte dépréciation des actions « climat » apparait comme une opportunité sur le long terme pour l’investisseur.

Le nombre de conflits armés a atteint un record en 2023. Alors que 50 % des électeurs ont ou devront voter en 2024, il semble difficile là encore de trouver un signe de progrès. Pourtant,  l’évolution globale vers un « désappauvrissement » du monde est nette. L’extrême pauvreté continue de reculer. Dans le même temps, la réduction des inégalités de genre fait son chemin. Selon le l’indice Gender equality, les écarts entre hommes et femmes continuent à se réduire notamment dans l’accès à l’éducation et à la santé. L’espérance de vie poursuit son progrès tandis que le vieillissement global de la population pose un défi majeur aux économies occidentales et une opportunité structurelle pour l’investisseur dans le secteur des soins de santé. Un secteur dont la valorisation est aussi relativement attractive.

Voir la forêt qui pousse plutôt que les arbres qui tombent. Malgré un risque politique et géopolitique omniprésent et des défis structurels, les marchés financiers, eux, se sont focalisés sur les futures baisses de taux des banques centrales et la solide résistance de l’économie. Même si les valorisations apparaissent tendues en ce milieu d’année, des opportunités demeurent pour l’investisseur et des signes d’espoir subsistent pour le citoyen.

 

 

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[1] https://www.weforum.org/publications/global-risks-report-2024/
[2] Le retour de la guerre sur le sol européen a sonné le glas de la Fin de l’histoire présenté par Francis Fukuyama en 1992. Aussi marquante que controversée, cette théorie établissait que la fin de l’histoire trouverait son aboutissement dans le triomphe modèle de la démocratie occidentale. Avec le retour des empires et la coalition du Sud global, le pari de Fukuyama semble perdu de sorte qu’il est difficile de voir un sens ou un progrès dans l’histoire contemporaine récente. Pourtant Fukuyama disciple d’Hegel, posait la juste question de la dialectique de l’histoire. Pour Hegel, l’histoire est une histoire du tout où s’exprime la Raison en marche. La dialectique permet un dépassement – Aufhebung – qui fait avancer l’histoire vers sa fin. Et même la violence et les luttes peuvent être des étapes nécessaire à la réalisation du tout.
[3] Source : EMBER
[4] Source: IEA

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